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A Liza

Quand viendra donc le temps, Liza, petite fille
de te voir à mon bras, au bord de la Neva
moi, à te magnifier, le peuple de la Bastille
toi, à me rappeler les morts de Poltava.

Quand viendra donc le temps, d’aller vers l’Ermitage
en te disant les vers d’Anna Akhmatova
mais tu me presseras au dernier vernissage
de ces toiles signées " A. Filimonova "

Quand viendra donc le temps, Perspective Nevski
de te lire Musset et aussi Lamartine
si tu dois m’entraîner Théâtre Marinski
pour écouter Tchekov ou encore Chaliapine.

Quand viendra donc le temps, de vivre ce délire
en jouant avec toi le rôle du Prince Igor
toi, Princesse de Clèves, dissimulant ton rire
pour l’aïeul éreinté, chutant dans le décor.

Quand viendra donc le temps, de parler des enfers
de Gérard de Nerval ou Nicolas de Staël
en lisant l’ironie, irisant tes yeux pers
me disant la folie d’Essenine et Vroubel.

Je voudrais tant de temps, Jardin du Luxembourg
au printemps, à Paris, dissimulant mes fièvres
pour serrer fort ta main, comme à Saint-Petersbourg
c’était, il m’en souvient, un jour sur l’île aux lièvres.

André Masson